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Pays, paysans, paysages

En 2015, les élus du Pays Lauragais ont fait le choix de reconduire le projet « Lauragais dans les arts » pour la rentrée. Le thème retenu associe trois éléments clé de l’identité culturelle du Lauragais : pays, paysans, paysages.

En Lauragais, pays aux mille collines…

Qu’est-ce que le paysage sinon une portion de territoire vu, un « pays » ? Le Pagus, à l’origine du nom commun « pays », désigne une unité territoriale antique et a aussi donné naissance au terme paysan, qui signifie littéralement « du pays ». Le mot paysage en revanche est une création plus récente et son apparition en français pendant la Renaissance semble liée aux débuts de ce genre pictural dans l’histoire de l’art.

La combinaison de ces trois termes est très significative en Lauragais. Ici, le paysage semble avoir une identité bien marquée, partagée par bon nombre de ses habitants : une identité liée à la terre, car les paysages agraires sont parmi les plus représentatifs du Lauragais. Au-delà des villes et des villages, les paysages du Lauragais sont surtout modelés par l’agriculture, ce sont des paysages « exploités » par l’homme. D’ailleurs, la fertilité des sols explique en grande partie l’histoire sociale et économique du pays et en justifie aussi en grande partie l’apparence actuelle, en constante évolution.

Les « pays » du Lauragais

Les paysages du Lauragais sont distribués en grandes entités géographiques facilement reconnaissables.

Le pays est d’abord traversé de part en part par le célèbre Sillon lauragais, plaine d’effondrement qui s’étire de Carcassonne à Toulouse. C’est le secteur de la grande culture irriguée (blé, sorgho, orge, maïs, seigle, mais aussi oléagineux) et du maraîchage. L’espace agricole, composé d’immenses parcelles géométriques, y est convoité par les villes et leur urbanisme pavillonnaire. Cette longue plaine concentre logiquement les principales infrastructures du pays : RN113, A61, voie ferrée Bordeaux-Sète, mais aussi canal du Midi… De même que trois des principaux centres urbains : Villefranche-de-Lauragais, Castelnaudary et Bram.

De chaque coté de ce sillon, dans le Lauragais occidental, se concentre une zone de coteaux également densément exploitée en grands champs ouverts. On y retrouve un certain archétype paysager composé d’une succession de collines, avec quelques métairies en lignes de crête (ou des éoliennes !), des villages installés en promontoires et de rares espaces boisés concentrés sur les versants les plus pentus et les fonds de vallons (ripisylve ou forêt de bord de cours d’eau). Une distinction verrait dans le secteur de Nailloux des reliefs plus accentués avec un habitat rural plus dispersé que dans les environs de Caraman, où la douceur des reliefs permet des parcelles plus grandes et donc des espaces boisés encore plus marginaux.

Vers Villasavary

Vers Villasavary

Au sud-est du Pays Lauragais, entre Belpech et Fanjeaux, les collines de la Piège se distinguent des coteaux haut-garonnais par la plus grande pauvreté des sols. L’agriculture y étant moins intensive, les parcelles plus petites et irrégulières, les fermes et villages plus rares, et la forêt et la lande plus présentes. A l’extrémité du territoire, à la frontière du Carcassès, le vignoble de la Malepère, entre plaine et collines, rappelle la diversité des productions locales.

La pointe nord-est du Pays est très différente de ce panorama. Cette partie de la Montagne Noire, même si elle est rattachée politiquement au PETR du Pays Lauragais constitue un paysage à part : la végétation est beaucoup plus dense (forêts), le parcellaire irrégulier est dédié à l’herbage pour l’élevage et le climat est aussi plus humide. Ce relief ancien est ceinturé par une plaine en forme de croissant (la plaine de Revel), qui reprend les grandes caractéristiques du sillon lauragais et permet de relier Revel à Castelnaudary et Bram.

Des paysages façonnés par la main de l’homme

Aujourd’hui, les agriculteurs restent (avec les aménageurs !) les principaux « animateurs » du paysage : pour eux, les paysages sont avant tout des outils de travail.

Depuis plus de 6 000 ans, les terreforts lauragais ont permis à une agriculture prospère de se développer. Ces sols argilo-calcaires lourds mais fertiles, peu résistants à l’érosion et repartis en séries de molles collines de part et d’autre du sillon lauragais donnent leur unité au territoire. Avec les grands défrichements du Moyen Âge, la culture du pastel, l’élevage ovin, et la spécialisation céréalière qui profita de l’ouverture du canal du Midi et donna au pays son surnom de « grenier à blé du Languedoc », le Lauragais a été modelé par ses paysans.

Jusqu’au XIXème, les paysages agraires du Lauragais présentaient une structure complexe avec de petites parcelles bornées par des fossés, des haies et des bosquets d’arbres dans les creux. Depuis les années 1950-60, la mécanisation de l’agriculture et la concentration foncière ont donné au paysage lauragais son aspect actuel : composé de très grandes parcelles, sans haies, ponctué de bordes (ou métairies), de retenues d’eau collinaires (irrigation) et de villages dominés par les emblématiques clochers-murs, et ça et là de quelques surfaces boisées dans les parties inaccessibles à la machine. Aux confins du Tarn, la pointe occidentale de la Montagne Noire fait cependant exception, avec une présence forestière beaucoup plus importante.

Du côté de Caraman

Du côté de Caraman

Dans cet horizon ouvert et épuré (appelé « openfield »), le végétal prend volontiers un rôle identitaire, l’arbre est « signal » dans le paysage. Ainsi, ces allées bordées de cèdres ou de pins qui mènent aux anciens domaines agricoles, ces routes de crêtes et entrées de villages plantés de platanes, ces alignements monumentaux qui soulignent les méandres du canal du Midi, ou ces pins parasols solitaires qui signalaient selon la tradition des lieux d’asile pour les protestants. Dans les anciens domaines agricoles, la plantation de cèdres ou de pins parasol à partir du XIXe siècle, associés à d’autres espèces courantes (figuiers, cyprès…) est à l’origine de véritables parcs arborés au cœur de la campagne.

Depuis une vingtaine d’années, certains agriculteurs, conscients des effets bénéfiques des haies, s’associent aux programmes de replantation financés par les départements de l’Aude et de la Haute-Garonne. Ces haies nouvelles permettent de lutter contre l’action du vent et surtout de freiner l’érosion des sols, tout en développant l’intérêt faunistique et floristique des paysages lauragais. Le rôle essentiel des agriculteurs, « faiseurs » de paysages, est une fois de plus manifeste.

Le projet en marche : les enfants à la découverte du pays

Jeunes habitants d’une zone rurale, récemment arrivés ou non, les enfants du Lauragais n’ont pour la plupart quasiment aucun rapport avec ce monde agricole qui les entoure. Or, c’est deux mondes qui vivent côte à côte n’ont pas vocation à s’ignorer. L’approche « sensible » du projet Lauragais dans les arts permet de découvrir et d’ouvrir la perception que les enfants ont des paysages qui les entourent et du monde paysan qui les produit.

Les enfants des dix-neuf écoles participantes se sont donc mis au travail. Le thème a été d’abord exploré avec les enseignants, en classe, par l’intermédiaire du cours de géographie, mais aussi à l’occasion de sorties en extérieur dédiées à la lecture de paysages. Les points de vue en belvédères étant nombreux, ils aident les enfants à s’orienter et à repérer leur espace de vie dans le paysage en réfléchissant à l’idée de distance et d’échelle. Ces sorties sont l’occasion d’avoir une première approche sensible avec les paysages du Lauragais. Des croquis sont réalisés, des photos prises et des herbiers et inventaires sont composés à partir d’éléments prélevés dans la nature.

 

Environs de Cennes-Monestiés

Environs de Cennes-Monestiés

Autant d’images et d’échantillons de paysage qui trouvent toute leur importance en classe, lorsque les enfants s’efforcent de proposer leurs visions de ce Lauragais rural qu’ils apprennent à connaître. Dix-neuf projets sont donc en cours, terminés, ou sur le point de commencer, dans des approches aussi variées que la photographie, l’expression corporelle, le modelage à l’argile, la peinture, la technique mixte (mixed media), la sculpture, la couture, la gravure notamment. Autant de projets qui permettent de partager, échanger et mettre en débat les perceptions et représentations des paysages du Lauragais, de retisser des liens entre les enfants et leur cadre de vie : participe à l’émergence d’une culture paysagère citoyenne.

Elément déterminant de l’économie locale, du cadre de vie, de la santé, du bien-être de chacun, et surtout partie prenante d’une identité partagée, les paysages du Lauragais vont donc être passés au crible du langage artistique des enfants de ces dix-neuf écoles, pour un résultat forcément « dépaysant » !

 

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